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« d’or est sa peau plantée au sol » ces mots-là et tant d’autres, à la fois totalement flexibles et tendus comme un arc.J’adore la liberté comme le son de sa langue électrique et ultra moderne qui claque, bouscule et percute chaque fois.Merci infiniment Guillaume Vissac pour cet échange de décembre dans le cadre des Vases Communicants.
Vous trouverez mon texte sur son blog

- Métamorphose (très) librement inspirée d’un (certain) fait divers d’il y a quelques années.

Ils sont deux, allumettes dont les membres s’agitent, ombres au ciment piétinée par leurs pieds. Martèlent alors au sol les bulles d’air (Niké s’en mêle). Ils prennent par la gauche, par la droite, par le bas. Sur leurs talons les loups talonnent. Ils gueulent. Ils jaillissent. N’ont plus de nom à eux ni d’âge. A. d’abord, B. ensuite, frôlent en courant les tombes et leurs poumons papier halètent. Faut grouiller.

Les loups ont des papattes en cuir et des griffes sous les semelles qui adhèrent au terrain, quel qu’il soit. Hadès leur a filé gratos une haleine d’homme et pas à pas, foulée fanée après la précédente, ils se métamorphosent en ombres. L’écho des pas des bêtes impriment aux pouls des pulsations déviantes et des rythmes bashés.

Les bras les jambes des allumettes crépitent et A., et B., et leurs souffles et leurs ombres emmêlés. Ont-ils avant d’avoir lancé le sprint noué un pacte entre une gorge et une autre, pacte sanguin entre les deux poignets, ou invisible lancé par l’oeil et rattrapé par l’autre, entre les deux pupilles un câble inoxydable, ont-ils dit un pour tous, tous pourris ? Qui sait. En tous les cas ils courent, l’un et l’autre harponnés à eux-mêmes, et la pointe de leurs ombres mordue par la gueule des canins. Niké prend à son tour ses responsabilités : souffle sur les ombres pour que les ombres s’ouvrent. Et décollent les deux gamins, les allumettes, qui désertent, l’un et l’autre, ores, le cimetière.

Les loups sont tout sauf doux, les loups sont en Kevlar. Ils cherchent à l’oeil la forme en fuite de leurs deux proies. Où ça ? Hadès les hume et les recrache sur leurs talons. Niké peste, les allumettes s’enferment dans son dos et si loin de la portée de ses doigts. Les loups pilent. Leurs pattes font moudre la poussière. Ô comme résonne le si cruel silence. Hadès explique qu’il ne donne pas cher de leur peau.

Les allumettes et leurs ombres, entortillées entre elles, avancent, en plein dédale, sur la pointe de leurs pieds. Hurlent encore, hors les murs, la gueule des canidés. Leurs mots hachés par l’âme d’Hadès sont illisibles pour leurs tympans trempés dans l’air ambiant, sec et mat, qui bourdonne. Tout doux dit l’A., je te suis mais surtout ne te retourne pas, lui répond B.. Au ralenti les corps se hâtent et sur la peau, le crâne, les bras, tous les cheveux se hissent.

Niké, Hadès et les deux ombres à tête de chien patientent, de l’autre côté des parois du dédale.

Droit comme un I A. se déchaîne : ocre sa peau se tire hors de lui-même et son visage le fuit. Il frôle les conducteurs. Les squelettes, pylônes, sbires du grand H, se penchent vers lui pour le toucher. A. lâche les doigts de B. son frère mais se retourne, dit : désolé. Le pylône chope son corps par l’épine (hurlent les loups dehors) et ouvre les vannes de leurs Watts. Mais avant que le courant jaillisse, Niké souffle sur A., tous les remous s’effacent et sa peau se torsade.

Droit comme un I A. se transforme : d’or est sa peau plantée au sol. B. voit passer son frère, son ombre bis, de l’état d’homme à celui d’allumette, et d’allumette à parafoudre dans la foulée. Niké triche, les loups allongent le bec. On fait tomber la foudre, A. est immunisé. Pour assimiler B., A. de lui-même et sans l’aide de Niké, tourne sa main vers lui et lui dit attrape-moi. B. se retourne et touche le derme du parasurtenseur. Les ombres sont les mêmes. Un arc, électrique, plus que jamais le même que celui, si invisible, d’avant, ondule au gré de l’air ambiant : voilà que B., bouche bée, s’est mué éclateur à trigger. Au sol Niké efface les traces de leur passage et les loups pleurent.

Dans le local électrique qui jouxte le cimetière on s’arc-boute. Promesse tenue. Un pour tous. Au sol, tatouées, leurs ombres sont les mêmes.

Texte rédigé par Guillaume Vissac

One Comment

  1. Texte incroyablement fort, qui donne envie de lire et de lire encore. Merci.


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