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Ne cesse de buter, de s’y casser les dents, peine à entrouvrir la mâchoire mais tente avec la langue aveuglément d’apprivoiser la matière, les yeux finiront bien par voir plus loin qu’un éboulis de pierres. Il y a le ciel profond, silencieux, immobile, chargé de masses sombres, qui m’absorbe, te recouvre presque entièrement. Rien ne bouge, pas un souffle. Une chose sans axe, sans point fixe, une matière usée qui pourtant ne se déchire pas et moi qui suis si loin encore de ce que je crois avoir perdu. Dans une forme d’écriture comme de vie clandestine, chaque phrase, chaque silence, ne s’inscriront jamais autrement qu’en filigrane pour qu’ils agissent en toi comme un révélateur. La nuit toujours filtrera le jour jusqu’à ce qu’ils se rejoignent. Parce-que finalement ce qu’elle sait faire de mieux c’est partir alors les mots n’ont eu de cesse d’exprimer ça, de s’y heurter chaque fois, sans volonté de fuir ou de laisser derrière quelque chose ou quelqu’un, juste le besoin momentané de retranchement hors du monde. Buter sur l’impossibilité, le chaos provisoire, y revenir obstinément, humblement, violemment, chuter encore. Et si l’obstacle n’est pas négociable, la capacité de résistance c’est aussi pouvoir offrir une forme de passivité. Laisser ce qui vient se répandre à l’intérieur, s’infiltrer dans le corps comme de la vapeur d’eau. Envisager que les peaux mortes se décolleront d’elles-mêmes et laisseront place à d’autres le moment venu, même si à la longue il y a ces empreintes, ces bleus décolorés qui semblent inconsolables. Se dire que ces déchirures-là, effilochées, irrégulières, persistantes, sont précieuses, ont un sens, saignent simplement de temps à autre pour te rendre encore un peu plus vivante. Ne pas chercher à colmater, laisser couler, attendre que ça passe et que désir revienne sans vouloir disparaître puisque ça reste incroyablement douloureux. Alors quelquefois c’est en creux que je me retrouve, lorsque rien ne m’anime en particulier et sans rien pourtant qui ressemble à l’ennui. Simplement la sensation de me fondre dans l’espace, la matière collective, qu’un excédent se vide. Le principe d’identité m’échappe, glisse, se dissout. Subsiste un état de présence au monde dans l’absence de soi, dénué de désirs, de révoltes, de tourments. Dans ces sortes de moments plats, au travers de leur formes blanches, placides et incertaines, quelque chose d’autre, lentement, maladroitement, se met en mouvement. Où seuls l’absurde et le minuscule, leurs principes de répétitions, parviennent à se frayer chemin, à provoquer relief jusqu’à l’amorce d’un rire, sauvage, incongru et sonore comme un début d’ivresse. Qu’avons-nous à dire de plus, qu’avons-nous à dire qui n’a pas été dit. Nous naissons avec ça, le manque originel, le retour à la nuit immanquablement. L’incomplétude absolue et suspendus à nos oxymores, nous bercent les vents contraires. Nous ne pouvons qu’écrire pour essayer de réinventer et construire sur un édifice à jamais bancal. Sur les murs de nos larmes, nos fissures se lézardent puis éclosent. Les encens, les parfums, une terre mouillée, rouge et chaude dans laquelle s’envelopper.

One Comment

  1. Bonjour,

    Je ne vois aucun moyen de vous joindre directement… c’est exprès ?

    Au cas où, je vous laisse mes coordonnées.

    Bien cordialement.

    Luigi Manata


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