Sauter la navigation

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Glaneuse infatigable sur le rivage. Avec plus ou moins d’abondance. La récolte se découvre chaque jour au fond du panier en raphia. Fragments de bois flotté, d’écorce, plumes, coquillages et coquilles d’huitres aux strates bleues, nacres délicates, friables, galets colorés polis par les vagues, brins d’immortelles piochés le long des dunes. Et cette façon joyeuse de vivre de nouveau moitié nue, à l’extérieur le plus longtemps possible. Les cigales à plein tube sous les grand arbres. Reprendre corps. Laisser la tête en friche. Si besoin s’en balancer encore un peu plus, les yeux fermés dans le hamac. Je marche et grimpe au rythme du soleil, pieds nus sur le sable brûlant, le vent me grise doucement, les ombres se dessinent puis s’envolent. Laisser filer, se délester. La nuit se raconte autrement. Huit ans que je rêve régulièrement de toi. Je crois que j’aime encore te retrouver là, sous la lune. Alors comment écrire avec ceux qui restent lorsque partir ou disparaître c’est commencer à laisser une trace. Facile de raconter nos histoires de fantômes, de creuser plus loin, plus profond les sillons au royaume planant du manque et des absents mais comment faire avec les vivants ? Je songe à cette toute première tâche de sang, dans les draps, un matin de juillet, ici, l’été précédant mes treize ans. Je me souviens de la sensation vive, frémissante, de ce bouleversement du corps, de l’exaltation secrète. Il se passe enfin quelque chose, quelque chose qui claque et n’appartient qu’à moi. Je pense à cette autre tâche de sang sur le dos de ma robe en coton rose pâle, entièrement boutonnée devant. Trois ans plus tard, deux corps maladroits, entre deux dunes. Toujours en juillet, toujours ici. Trente-cinq après, le sang s’écoule encore, un peu trop même, comme à l’adolescence. Et moi je t’écris sur le sable.

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2 Comments

    • Aube Épine
    • Posted 24 juillet 2018 at 11 h 46 min
    • Permalink

    Toujours ce plaisir acidulé de lire tes textes doux, nostalgiques et si vivants dont une notification par mail m’indique qu’ils ont été publiés. Des années que je lis tes articles, ou plutôt ces morceaux de toi. Certaines de tes phrases font maintenant partie de moi. Je cherche toujours ce/ceux qui saura/ont faire vibrer en moi cette corde que je ne connais pas. Merci pour tes mots.

  1. Merci pour ces mots sensibles


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