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Arrêt sur image, les surprendre là, à leur insu, au plus près de l’intime.

Enveloppés dans la lumière du matin, sa clarté limpide, draps blancs épars, membres mêlés, souffle régulier des amants endormis, son corps à elle, harmonieux aigu, blotti à l’intérieur du sien, déguingandé longiligne, comme une carapace qui la recouvre presque entièrement, la contient.

L’abandon a dessiné la posture, esquissé un sourire énigmatique sur leurs traits, on pourrait tenter de déchiffrer…lire l’apaisement après le tumulte, la confiance toute neuve, subsiste un éclat particulier, un émerveillement… la grâce qui en émane révèle le pacte magnifique qui s’est noué entre eux tacitement au coeur de la nuit, majuscule et blanche.

Nulle parole échangée, des soupirs, des râles, des cris peut-être…le corps a cristallisé les sentiments naissants…les mots d’amour n’on pas été prononcés, pourtant chacun les a murmurés en dedans et entendus dans le silence de l’autre.

A l’origine une émotion trés vive, un trac immense, un de ceux qui coupe le souffle et serre le ventre, les saisissant l’espace d’un instant comme s’ils se trouvaient au bord d’un précipice, lorsque reculer est encore possible pour fuir une sensation de vertige trop grand.Cette peur leur est familière à tous les deux, différement sans doute parce qu’elle se connaît peut-être mieux, a exploré plus profondément les méandres…

Brutalement la digue a cédé, libérant ce qui les retenait encore, effaçant le temps comme la pudeur et le désir longuement réprimé a déferlé presque violemment.

Plus tard dans la nuit, elle a songé à cette chanson italienne, grave et belle, un peu mélancolique, qu’elle aime fredonner…

« Quando sei qui con me, questa stanza non ha più pareti, ma alberi, alberi infiniti, e tu sei vicino a me, questo sofitto, viola, no, non esiste più, e vedo il cielo sopra a noi… »

« Quand tu es prés de moi, cette chambre n’a plus de parois, mais des arbres oui, des arbres infinis, et quand tu es tellement prés de moi, c’est comme si ce plafond là, il n’existait plus, je vois le ciel penché sur nous…. »

A fermé les yeux pour mieux le toucher, caresser le doux, le lisse, le rugueux, le tendre et le dur, parcourir les pleins, creux, angles et déliés…voyage en terre inconnue, exaltant et boulversant à la fois….le respirer jusqu’à l’ivresse, s’imprégner de sa peau par tous ses pores, se souvenir…garder en elle quelque part tous les parfums, la trace de ce corps qui creuse en elle un sillon, une empreinte profonde comme l’océan sur le sable, s’immerger en dessous du niveau de la mer, remonter à la surface…le bleu du ciel, l’or du soleil, l’horizon infini…triptyque éblouissant.

Il a pensé qu’il y avait en elle quelque chose de surnaturel et mystérieux, un mystère qu’elle ignore et qu’il devra respecter, c’est la promesse qu’il s’est faite, préserver cela, ne pas tenter de déflorer…il n’y parviendrait pas, ce serait vain, mais veiller à lui laisser un espace pour rêver, une parcelle secrète et poétique, il pressent que c’est essentiel, vital pour elle.

Il a senti la petite fille, fragile, troublante…la belle en son bois dormant qu’il conviendrait de ramener à la vie, parce qu’elle est un peu ailleurs, on ne sait où, mais ailleurs…lui préfère juste l’accompagner où qu’elle aille, même s’il perçoit aussi le danger chez cette femme enfant, moitié fée moitié sorcière, au regard bleu profond qui capte tout avec une acuité implacable. Dans l’amour elle devient animale, féline, humide et moite.

Ils se sont cherchés, rencontre incandescente, sauvage et douce, elle l’a guidé au début, puis il l’a emmené, loin.

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