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Il est midi quinze lorsque tu te décides enfin à prendre les choses en main, à commencer par tes poubelles qui débordent plus ou moins comme le reste. Bien sûr tu n’imagines pas qu’il s’écoulera pratiquement deux heures avant de pouvoir retourner librement chez toi. Entre le 0 et le 1, en guise de nombre imaginaire, dans l’entre-deux et dans l’intervalle, il y aura cette sorte de prise d’otage en solitaire with myself. Prisonnière d’une cage de verre et d’acier, blonde aphone dans son aquarium, tu n’as rien d’une Barbarella mais un vrai ravisseur ça aurait quand même un peu plus de gueule. Parce-que toi, encore semi-inconsciente à cette heure matinale malgré deux cafés noirs, tu méprises le danger et pars quasiment nue, tout au moins désarmée, l’oeil flou et le cheveu hirsute. En dehors de tes clefs, rien pour te distraire, te soustraire, faire diversion ou te relier au monde. Entre tes doigts, ramassé à la hâte à l’issue du tri sélectif d’un genre plutôt douteux, le courrier froissé du syndic te réclamant quelques centaines d’euros. L’objet flambant neuf coûte en effet une blinde, projet pharaonique et visionnaire dont les travaux épiques, le bruit et la fureur, durèrent plus d’une année. Comme à ton habitude, entre deux bouffées d’angoisse, tu oscilles et batailles pour trouver la respiration nécessaire au parti-pris léger des choses et savourer l’absurde. Coincée dans l’habitacle, tu constates la claustrophobie et mesures les maigres ressources dont tu disposes quand tu creuses en toi-même. Ne doute pas qu’à cette heure et puisque le temps passe, il essaie, par salves régulières et jusqu’à épuisement, de te joindre. Sauf que cette fois la disparition est réelle, concrète, imparable. A trop vouloir combler, remplir et satisfaire, c’est moi toute entière que tu recouvres sans en avoir conscience. Parce-que tu vois, il m’importe assez peu finalement que nous soyons bien ensemble et que nos corps s’accordent. Ce que j’aimerais c’est que tu touches en moi quelque chose que j’ignore. Que de l’argile de nos bouches, l’amalgame de nos souffles, le frottement de nos peaux, surgisse une forme nouvelle. Que de cette matière-là se révèle quelque chose qui dort à l’intérieur et que je ne connais pas. Je veux retrouver les équilibres instables, les prises mal assurées, le silence, ce qui tremble, les espaces pour se perdre entre deux pierres blanches. Je veux pouvoir trébucher, risquer de m’écorcher, laisser cicatriser ou bien danser à l’air libre et au vent. Ma vie est une suite d’accidents, quelques-uns, funambules, sur les doigts d’une seule main, sont néanmoins beaux à tomber. Ensuite il y eut la désincarcération précédant la descente en rappel pour finir par atterrir dans les bras puissants d’un technicien des élévateurs Alma, poésie quand tu nous tiens. Bref le retour au vivant, à l’amplitude et au mouvement. Depuis tu as lu quelques vers de Glissant, laissé le désordre un peu plus s’installer, observé le jour redescendre et la lumière qui, vue d’ici et jusqu’au crépuscule, n’en finit pas d’être belle et changeante. Plus qu’il n’en faut pour te sauver la mise.

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