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Souvent je voudrais échapper à l’enfant que j’étais
mais il arrive toujours un moment où elle regagne le terrain perdu
j’ai beau accélérer pour qu’elle s’essouffle,
creuser la distance pour ne plus l’entendre,
elle finit chaque fois par me rejoindre
et moi par la reprendre
sans doute parce-qu’elle n’est pas finie,
que quelque chose très tôt s’est brisé,
a freiné la courbe et l’élan.
Je voudrais que le barrage cède
je voudrais pleurer un bon coup
j’écris simplement là où je voudrais pleurer.
J’écris où le sang s’écoule,
ruisselle le long des cuisses
j’écris du fond de l’enfance
et du creux de mon ventre
j’écris pour me rapprocher du point de vertige
J’écris sur l’ourlet brûlant de la bouche de l’enfant
j’écris parce-que j’ai décidé de perdre la mémoire
J’écris où il me faut sans cesse revenir
J’écris avec toujours ce mouvement de la mer
qui berce et gronde,
monte et redescend,
se jette pour mieux s’éloigner
j’écris lorsque les vagues sont trop grandes
j’écris pour être moins terrifiée
j’écris parce-que tu ne m’as pas dévorée entièrement
j’écris depuis l’intérieur du labyrinthe
j’écris du fond de mes poches trouées
par poignées de silence
j’écris sur la trame usée du jean
ou l’encre bleue pâlit.
J’écris parce-que je suis mal faite
qu’il y a des vices de forme
un défaut d’origine

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Il est midi quinze lorsque tu te décides enfin à prendre les choses en main, à commencer par tes poubelles qui débordent plus ou moins comme le reste. Bien sûr tu n’imagines pas qu’il s’écoulera pratiquement deux heures avant de pouvoir retourner librement chez toi. Entre le 0 et le 1, en guise de nombre imaginaire, dans l’entre-deux et dans l’intervalle, il y aura cette sorte de prise d’otage en solitaire with myself. Prisonnière d’une cage de verre et d’acier, blonde aphone dans son aquarium, tu n’as rien d’une Barbarella mais un vrai ravisseur ça aurait quand même un peu plus de gueule. Parce-que toi, encore semi-inconsciente à cette heure matinale malgré deux cafés noirs, tu méprises le danger et pars quasiment nue, tout au moins désarmée, l’oeil flou et le cheveu hirsute. En dehors de tes clefs, rien pour te distraire, te soustraire, faire diversion ou te relier au monde. Entre tes doigts, ramassé à la hâte à l’issue du tri sélectif d’un genre plutôt douteux, le courrier froissé du syndic te réclamant quelques centaines d’euros. L’objet flambant neuf coûte en effet une blinde, projet pharaonique et visionnaire dont les travaux épiques, le bruit et la fureur, durèrent plus d’une année. Comme à ton habitude, entre deux bouffées d’angoisse, tu oscilles et batailles pour trouver la respiration nécessaire au parti-pris léger des choses et savourer l’absurde. Coincée dans l’habitacle, tu constates la claustrophobie et mesures les maigres ressources dont tu disposes quand tu creuses en toi-même. Ne doute pas qu’à cette heure et puisque le temps passe, il essaie, par salves régulières et jusqu’à épuisement, de te joindre. Sauf que cette fois la disparition est réelle, concrète, imparable. A trop vouloir combler, remplir et satisfaire, c’est moi toute entière que tu recouvres sans en avoir conscience. Parce-que tu vois, il m’importe assez peu finalement que nous soyons bien ensemble et que nos corps s’accordent. Ce que j’aimerais c’est que tu touches en moi quelque chose que j’ignore. Que de l’argile de nos bouches, l’amalgame de nos souffles, le frottement de nos peaux, surgisse une forme nouvelle. Que de cette matière-là se révèle quelque chose qui dort à l’intérieur et que je ne connais pas. Je veux retrouver les équilibres instables, les prises mal assurées, le silence, ce qui tremble, les espaces pour se perdre entre deux pierres blanches. Je veux pouvoir trébucher, risquer de m’écorcher, laisser cicatriser ou bien danser à l’air libre et au vent. Ma vie est une suite d’accidents, quelques-uns, funambules, sur les doigts d’une seule main, sont néanmoins beaux à tomber. Ensuite il y eut la désincarcération précédant la descente en rappel pour finir par atterrir dans les bras puissants d’un technicien des élévateurs Alma, poésie quand tu nous tiens. Bref le retour au vivant, à l’amplitude et au mouvement. Depuis tu as lu quelques vers de Glissant, laissé le désordre un peu plus s’installer, observé le jour redescendre et la lumière qui, vue d’ici et jusqu’au crépuscule, n’en finit pas d’être belle et changeante. Plus qu’il n’en faut pour te sauver la mise.

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En face d’elle, tu deviens gauche, maladroit, ton souffle se fait court, tu peines à trouver les mots, le bouillonnement est trop grand. Te sens généralement fiévreux mais surtout très con et un peu dingue aussi, désaxé, déréglé par ce que tu crains de ne pouvoir dissimuler ou canaliser. Le courant qui menace de renverser la digue et toi au milieu qui t’accroches, te débats pour ne pas boire la tasse, rester tant bien mal à la surface et surtout bouche cousue. Parce-que chaque fois tu renonces, dans l’incapacité émotionnelle et physique de te rendre intelligible et spirituel, de tenter quoi que ce soit qui ressemblerait, de près ou de loin, à l’amorce d’une approche. C’est lâche mais tu apprends à vivre aussi avec ça, te familiarises avec les regrets qui à la longue, se font moins vifs. Et puis parler à quoi bon puisque tu sais que tu manqueras de précision et ça tu ne le supportes pas. D’une manière générale quand tu te lances vraiment c’est qu’il est déjà trop tard et que forcément plus personne ne s’y attend, qu’il n’y a plus rien à perdre. Tu finis donc le sale boulot et flingues tout ce qui bouge encore. Là en principe et par effet de surprise voire de sidération, ce sont les autres qui restent sans voix. Tu n’as jamais ignoré qu’il te fallait descendre assez profondément dans la matière sombre pour être soudainement ébloui de clarté et que ça n’est pas fait pour durer, que d’ailleurs rien ne dure, que c’est juste quelque chose à saisir. Et puis se taire c’est aussi la possibilité de mieux la regarder. Contempler de manière intime, lente et scrupuleuse, s’y perdre volontairement, devenir cet explorateur égaré, déboussolé, légèrement ivre qui s’obstine et s’enfonce un peu plus chaque jour. Zoomer, rétrécir, passer de l’infime au plan large, terminer par un très long travelling et s’en émerveiller. Tu peux être subjugué par un minuscule grain de beauté, te réjouissant de la régularité des contours comme de sa couleur que tu associeras à celle d’une biche avant d’être troublé à la vue d’une mince veine bleue qui t’évoquera la fragilité d’une libellule. Te voilà comme le maitre d’un monde situé hors du temps et loin du chaos, après toutes ces pitoyables dégringolades. Muni de cette pensée magique et pure, que toi seul la connait dans ses moindres détails. Elle n’est plus à ce moment-là une femme ordinaire, ne l’a d’ailleurs jamais été mais quelle que soit la nature de sa singularité ou de sa grâce, elle se mue sous tes yeux en une sorte de cartographie poétique du sensible. Tu n’aspires qu’à devenir le vent qui caresserait la peau, réchauffant ou rafraîchissant simplement ce qui doit de l’être. Dévorer des yeux serait l’expression consacrée, si elle ne nous apparaissait dans ce cas précis, injuste, indélicate, réductrice et très insuffisante. Sa nuque t’obsède tout particulièrement si les cheveux sont attachés. Fine et longue, gracile et nerveuse, telle une tige qui soutiendrait la fleur et serait parcourue de toutes ces petites mèches sauvages et folles qui bataillent et t’émeuvent. A force d’observation, l’idée même de son visage se fragmente, se décompose, se joue de toi et de son apparence en de multiples facettes. La carnation diaphane et satinée prend des reflets de nacre. Invariablement et où qu’elle se trouve, le grain de sa peau semble absorber la lumière. Une texture laiteuse et sucrée où sur la bouche de fraise se presse au centre un doigt couleur cerise. Te vient l’envie violente et déraisonnée d’y poser les lèvres, de mordre à même la pulpe, d’y enfoncer la langue et d’oublier le reste. Ce poids dans ta poitrine et puis la nostalgie qui s’empare certains jours de ton être jusqu’à le tordre entièrement. La poésie, la beauté, détiennent ce pouvoir de te couper le souffle et de te délivrer. C’est là que tu peux encore, de temps à autre, sortir de ton mutisme, sauver ta peau en quelque sorte. Dans cette façon que tu as d’agencer les mots, de les relier entre eux, de les entrelacer puis de les étirer jusqu’au craquement pour qu’à la fin ils claquent. Tu n’es pas un employé modèle, tu n’es pas employé tout court, tu n’as ni réel diplôme ni permis de conduire, tu n’es plus un mari, ne l’a jamais vraiment été, tu as des enfants qui grandissent ou sont déjà partis et qui tous finiront par partir. La vie s’offre à toi autrement, dangereusement, de manière souterraine et solitaire souvent. Il faut te faire violence pour y trouver sens, sel et substance. Là où les plaisirs qu’on dit terrestres, ne trouvent que rarement grâce à tes yeux, la nuque presque vacillante de cette femme, te semble tenir du miracle. Qu’elle s’offre à ton regard, soit reliée au reste du corps, s’anime et exprime quelque chose d’unique, qui ne saurait se reproduire. Un miracle de courbe qui aurait besoin de tes mots, de tes yeux pour exister un peu plus qu’en elle-même, un peu plus que sous les mains et les caresses d’un amant.

 

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Tu me dis en anglais, puisque souvent nous nous heurtons aux limites de la langue, aux petites frustrations qu’elle engendre, nous n’avons pas besoin du langage, il y a d’autres formes de langage. Je ne te réponds pas, acquiesce en quelque sorte, sans pouvoir m’empêcher de penser à quelques-uns des mots de Barthes dans ses fragments d’un discours amoureux. Pourtant c’est vrai que si je me place en observateur, si je cherche traces, je constate qu’il n’y a pas d’encre sur ma peau lorsqu’elle se froisse contre la tienne. Seulement la sensation de chaleur que provoque la circulation du sang lorsqu’elle s’accélère dans nos veines. Ce même sang qui irrigue et alimente, la subtile, la dévorante, la tendre mais cruelle mécanique. Et puis ce léger goût de sel qui reste un moment sur la langue avant qu’il ne s’évapore. Alors puisque c’est comme ça, je ne t’écrirai pas mais je promets d’écrire aussi longtemps que j’en conserverai le souffle. J’inventerai ce qui pourrait se dire et se jouer si nos jours n’étaient pas comptés, j’écrirai simplement les regards, le silence, le désir et la peau, ne m’éloignerai plus du vivant et de l’organique, de l’origine et de son essence. Je me souviendrai des yeux qui tombent dans le regard de l’autre, de ton hyper bleu qui fugacement me pénètre puis retourne à son ailleurs. Le corps est un objet physique mais le corps amoureux dans sa réaction chimique au contact de la peau de l’autre, devient un objet sensible, il prend de la vitesse et s’élance avant de retomber. La chute est nécessaire et la correspondance amoureuse n’est le plus souvent qu’un jeu de miroirs aux reflets narcissiques, misérables et tranchants. Un temps déjà vécu et forcément perdu. Dis-moi combien tu m’aimes, à quel point je suis belle et comme je t’appartiens. Car s’il suffisait de simplement le dire, de le murmurer à l’oreille de l’autre, de vivre l’instant, de l’accueillir entièrement pour mieux le laisser partir. Non, il faut aussi l’écrire, le graver en quelque sorte, afin que l’autre le lise, le relise, s’y roule et s’y enivre. Pourtant si je m’écoutais, j’entendrais plutôt combien je manque à ma vérité, à quel point je me soustrais à la sincérité, à l’innocence, à la simplicité. Je veux juste rejoindre l’espace à la fois libre et clos, ouvert et intime, lumineux et nocturne de la poésie, celui qui échappe à la langue. Me glisser dans cet interstice, enfiler une robe rouge et sentir ma langue s’enrouler à la tienne, ma bouche fondre et mes hanches laisser parler le rythme.

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S’engouffrer dans le supermarché, celui du coin de la rue, c’est là généralement que tu parviens à te soustraire à ta propre trace, puisque désormais partout ou presque, on nous piste. Ici aussi bien entendu, tu as encore une carte bleue, voire la carte de fidelité, tu es fichée, tu es un putain de bon client et c’est tout. ici tu te perds un moment parmi toutes ces identités, qui socialement n’ont rien à faire ensemble et qui pourtant régulièrement, se croisent, avec l’ impossibilité d’échapper à la proximité de l’autre, à son urgence, variable. Fatigue ou simple lassitude, les sourires, un peu forcés, figés, automatiques et la tension presque palpable dans les corps, les attitudes, les abandons surtout. Quelques dérapages de temps à autre, lorsque les nerfs n’en peuvent plus de tenir et lâchent pour une broutille, une étincelle, un rien. Humanité en 3 d, boire et manger on n’y coupe pas, on a pas encore trouvé le truc, on en est plus très loin. Les aliments exposés ici semblent avoir perdu leurs goûts, leurs saveurs, on recrée, on injecte, des couleurs, des parfums, comme un semblant d’ambiance et d’authenticité. Mais au moins, une fois le barrage des caisses franchi, ton portable ne capte plus et le temps d’une esquive, ça repose. Tu peux essayer de fermer les yeux, tenter de poser un voile flou entre toi et le monde, entre toi et les autres, entre toi et toutes ces sales histoires en patchwork, effilochées, déchirées, plus ou moins recousues. Mais bon c’est difficile quand même de ne rien voir. Il y a ceux qui comptent chaque pièce, serrent douloureusement leur porte-monnaie, leur maigre trésor et l’essentiel de leur survie, s’y agrippent comme un naufragé s’accroche à un radeau qui prend l’eau. Se nourrir reste incontournable, sauf lorsqu’on va si mal que plus rien ne passe, que chaque bouchée reste douloureusement coincée en travers de la gorge. Le plus grand nombre se tient dans l’entre-deux, ou bien oscille, plus ou moins sur le fil, parfois carrément sur le bord, ils font gaffe mais pas tout le temps. Pendant quelques jours, en général en début de mois, il soufflent, s’octroient de menus plaisirs. Te réfugier ici aussi pour échapper aux vent, à la pluie, aux éléments qui s’emballent, pour remettre de l’ordre dans tes cheveux humides, dans la jupe qui forme corolle autour des cuisses encore nues. Nous sommes fin septembre et c’est toujours un peu l’été. La pluie d’orage, violente, subite, colle les vêtements à ta peau, ils vont sécher, la peau aussi séchera. Pour les sentiments, c’est différent, tu n’as pas vraiment de prise, ils résistent, persistent à te poursuivre, se montrent diaboliques et rusés. Pourtant toi aussi tu uses de subterfuges, t’évades dans des considérations futiles, marchandes, tentes quelques compromis, soupèses et compares. Un peu de chocolat noir aux vertus reconnues ne te ferait pas de mal, hésites entre deux marques, bio ou pas, s’y soumettre ou s’en balancer. Tu évalues la tronche des salades encore vertes dans leur sachet sous vide, le temps qu’il reste, la buée qui menace. Nos combats modernes sont périssables, la date limite te prend souvent de cours. Avec toi c’est pareil, il y a trop de désordre, d’agitation, de questions, de valses hésitations, suivies de bouffées ou flambées d’optimisme qui finissent par rétrécir ou carrément par se ramasser. A la longue c’est épuisant tout ça. Dans un supermarché, tu peux aussi te mettre à pleurer, parce-que d’un coup ça te rattrape, follement. Tu es comme un vieux type sentimental qui peine à cacher ses larmes et ça te colle au train, bordel. Oui vraiment ça t’emmerde, la nostalgie, la conscience du temps qui passe, le désespoir de certains et puis le tien qui ne fait pas le poids c’est clair. Juste un truc de naissance, un manque jamais comblé, une tristesse de fond de tiroirs, une curiosité ordinaire pour la plupart d’entre nous. Certains s’en sortent mieux que d’autres, c’est inégal et c’est comme ça, les armes dont on dispose, celles qu’on se fabrique, le sens inné de la lutte. Bref tu aimerais bien poser le trop-plein quelque part, t’en défaire non mais délester un peu ne serait pas un luxe. Ton sac est plein à craquer mais c’est bien quand ça craque finalement. C’est humain, misérable et touchant à la fois, sauf quand on s’apitoie trop longtemps sur son sort. Oui c’est là sans doute et sans en avoir conscience, qu’on s’approche étrangement du beau. Enfin c’est une question de goût, moi j’aime bien sentir les craquements dans mon corps, sentir ce qui se trame à l’intérieur. Leurs nouveaux sacs en plastiques verts à trois centimes d’euros l’espoir, sont bien trop minces pour contenir nos débordement, mais bon trêve d’avalanches, ce n’est pas comme si je n’avais rien d’autre à foutre, que passer ma vie à t’attendre.

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Peut-être le mouvement désordonné des jambes. Autour des reins te cambre, essaie d’amplifier les angles mais tu sens bien que quelque chose se perd, se dérègle. Tes cheveux retombent en pluie sur ses épaules, tu aimerais rester là, à respirer son odeur, mélange de craie, de sécrétions poivrées comme des fougères humides. Tu aimerais vraiment rester là. Pour ancrer, arrimer quelque part, ici plutôt qu’ailleurs, ce qui s’échappe imperceptiblement mais un peu plus chaque jour. La pesanteur, le poids des choses sur toi et en toi. Pourtant l’ovale de ton sein droit dans sa main gauche te paraît lourd, tout comme le reste du corps, n’oublie pas que tu as cessé de fumer. Tu manquais d’oxygène, ne supportais plus cette odeur de tabac froid et puis ce flou, cette poussière de cendres grises et morbides qui asphyxiait ta peau. Il disait tu verras, tu retrouveras des sensations qui elles-mêmes vont se décupler mais tu ne remarques rien de particulier, si ce n’est que depuis quelques jours, dehors, dans la rue, tu sembles flotter, à peine effleurer la surface du sol. L’impression est curieuse, il y a là quelque chose d’agréable, d’euphorisant par brèves bouffées, mais de vertigineux aussi, à la limite de l’angoisse. Un appel d’air qui se tient juste au bord du gouffre. Besoin de temps pour t’ajuster sans doute, retrouver le sens de la marche et du rythme. Tu trouves que les hommes te regardent moins, en fait les hommes, les femmes, les enfants, même le chat se désintéresse. Tu imagines que tu disparais progressivement, que bientôt on ne te verra pratiquement plus, qu’il y a une perte de contact. Bien sûr c’est une image mais elle te saisit violemment à la gorge, te coupe un moment le souffle. Te vient l’envie de faire de grands signes, d’agiter les mains pour voir si tu peux revenir dans la scène comme ça, d’un claquement de doigts. Puis aussitôt tu prends conscience que c’est toi qui a abandonné la première, toi qui a laissé tomber et traversé la vie sans réellement y prendre part. On te parle, on te touche mais ça glisse et tu décroches vite. Les émotions sont tièdes, le coeur bat de manière trop régulière, tu donnes plus ou moins le change mais refuses de participer à ce qui pour toi, de manière invisible mais globalement efficace, se noie. Tes proches l’ont-ils seulement remarqué, tu ne penses pas, d’ailleurs ça n’a pas vraiment d’importance. Combien de temps pourras-tu tenir et résister ainsi. Combien de temps disposes-tu encore avant d’allumer des feux là où la nuit ne cesse de grignoter le jour, avant d’opposer le désir, le vivant à cette colère qui enfle et brûle. Soudain ta langue me désarme et nos bouches s’abreuvent du sel de mes larmes.

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http://lafilledesastres.bandcamp.com/album/toutes-ces-filles-qui-vivent-dans-mon-corps

https://www.facebook.com/events/179911042168501/

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Regarde la neige d’avril tomber, dégringoler,
les fines particules blanches
virevolter un moment,
avant de se crasher
en pluie sur le bitume.
Des plombes déjà que l’enchantement n’opère plus,
que le ciel tire la gueule.
Que tu guettes la moindre lueur, le moindre signe.
Ourlet de givre au bord des cils,
la paupière se fait lourde et le corps somnolent.
Te souviens à peine du chant qui,
au matin contre lui,
gonflait dans ta poitrine.
Même l’oiseau de cinq heures,
le merle moqueur, l’éclaireur,
celui qui éperdument,
siffle sous ton balcon,
se tait, refroidi lui aussi.
Ta peau de liqueur et d’ambre,
déliquescente se cambre
dans les creux, les angles
sous les doigts
se balade et jongle,
une nuée d’oiseaux migrateurs

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Elle pensait l’amour sans plus savoir le vivre.
Dans sa chair à peine le poids d’un corps et l’incapacité de s’en servir.
Le regardait de loin s’éteindre encore, pâlir et se dissoudre dans l’atmosphère.
Une suite logique presque mécanique, un grain de sable.
Touché du doigt nos solitudes.
Le mot déjà, usé jusqu’à la corde, à moins que ce ne soit toi.
Rien de sacré, pas de blasphème ni de regrets.
Simplement refuser d’en voir plus.
Prendre la mesure, constater que la météorite s’éloigne, pas plus grosse désormais qu’une tête d’épingle.
Des fuites, des abandons, la peau déroulée jusqu’à l’os.
Observer ton visage qui se tord comme si ma bouche en voulait encore.

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L’avantage du silence de la chute lorsque la ville devenue blanche, recouvre le réel, se parcourt comme une fiction dont les seuls repères semblent les traces encore fraîches et pourtant anciennes, peuplées de fantômes convoqués.
Les yeux se baladent un peu flous parmi les lieux familiers, ensevelis, juste endormis.
Le froid, trop vif, les aura figé sans leur laisser le temps de fondre.
Cherche machinalement la chaleur de ta main au fond de ses poches avant de refermer les poings.
Ironie de la mémoire glissante et sélective, anachronisme récurrent, le corps lui, inlassablement se souvient, ne laisse rien au hasard.
Curieux comme ça brûle ensuite, songe-t-elle en laissant retomber la neige.

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