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Pour tenter de faire entendre mes silences à durée indéterminée, je reprends ici ce texte initialement publié sur le blog de Christophe Sanchez http://www.fut-il.net/ dans le cadre des vases communicants de juin.

Passe quelques instants à observer les longues traînées de poudre que laissent les avions dans le ciel, trouve que les mots leur ressemblent quelquefois lorsqu’ils s’effilochent jusqu’à disparaître. L’envie de me laisser absorber par l’immensité comme on glisse, me rapprocher de la transparence, d’une forme d’absence puisque je n’entends ni la musique ni la respiration, égarée dans une langue qui m’échappe et ne m’appartient plus. Toujours connu ces ruptures dans le rythme, ces césures relativement brèves alors je sais que je finirai par y revenir, que les mots et le sens ne manqueront pas de se ranimer. Mais aujourd’hui je les regarde gesticuler comme une armée de petits soldats sur un champ de bataille, aucune envie de me battre, le goût de la défaite, de l’abandon, pouvoir déserter ce qui insidieusement se perd. Nécessité de me retirer, besoin d’une trêve pour tenter de réinventer ce qui simplement s’efface à défaut de réel effondrement. Ici dans la ville, pas moyen de trouver le silence, mais si tu écoutes bien, si tu parviens à faire abstraction de toi, juste absorbée par les bruits au dehors, ce qui te parvient de la rue par la fenêtre ouverte, suffisamment attentive, immergée dans l’instant, dans cette perte de repères déchargée de désir. Subsiste la matérialité des choses, une forme de vide, un système de pensée purement fonctionnel, sans mémoire, sans questions, dénué de vision, n’éveillant rien de particulier, ne débouchant nulle part. Tu es simplement là dans les tâches à accomplir, à essayer de décomposer les sons, lesquels au fur et à mesure remplissent l’espace, deviennent rapidement hypnotiques. Forcément la circulation quasi omniprésente, ce flux ininterrompu pendant la journée, plus ou moins dense mais toujours dans une vibration rapide et scandée par les avertisseurs sonores, les sirènes. Des éclats de voix qui remontent jusqu’ici lorsqu’elles sont un peu vives et puis en filigrane quelques mots dans des langues étrangères que paradoxalement tu aimerais comprendre, des cris et des pleurs aussi parfois. Des sons dans l’appartement que tu n’identifies pas immédiatement, sans doute des appareils électriques sous tension, désagréable à force ce bruit de fond qu’habituellement tu ne perçois même pas, sorte de grésillement presque insupportable à la longue, débrancher tout ça. Au bout d’un moment jaillit de ce désordre, une forme de cohérence, un rythme dans le battement chaud, inexorable de la ville, une improvisation libre et déstructurée, quelque chose qui s’apparente au free jazz. Et toi au dedans, comme un minuscule grain de sable, mais qui néanmoins participe vraiment, même passivement, de cette musique là. Etrangement de cette zone un peu grise et indéfinie à l’intérieur, sorte de no man’s land, remonte une sensation assez grisante de légèreté et d’oubli. Survient l’envie d’explorer librement ce qui t’entoure comme un enfant découvrirait un terrain vague, un lieu qui a toujours existé mais qui subitement lui apparaît comme un endroit pour lui, un endroit pour jouer mais aussi pour se perdre et s’isoler, quelque chose d’ouvert sur le monde. Alors finalement le silence ici je ne le trouve qu’avec toi et je ne peux même pas m’y cogner, m’y agripper puisqu’il n’existe pas de parois. Tu dis que tu es comme ça, qu’au moindre conflit tu te refermes, et là je ne sais même plus ce que tu évoques, comme perdu le fil. Pense juste que c’est difficile le silence, celui de l’autre, celui qu’on ne choisit pas et qu’il faut subir, celui qui semble engloutir et menace de tout recouvrir. Mais peut-être que si je parviens à dépasser ce tunnel, ce long corridor sombre et chaotique, si je fouille un peu plus profondément en toi jusqu’au fond de ta gorge, si je t’embrasse suffisamment longtemps pour toucher quelque chose de toi que j’ignore encore, peut-être que je trouverai une perle. Une perle à libérer et à recueillir avec la langue, une perle un peu froide au début mais qui se réchauffera progressivement au contact de ma bouche. Alors ne t’inquiète pas si jamais je la trouve un jour, on dira qu’on s’en balance. Et je continuerai à balancer des hanches juste pour toi comme on continuera probablement à s’envoyer au diable ou bien en l’air puis à se renvoyer au silence pour finir par le briser et retrouver la chaleur. Restera juste son goût sur la langue pour se dire qu’on a pas rêvé, que peut-être on existe.

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