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Tu as quatorze ans et tu es déjà blessée, impacts planqués dedans, essaimés, noués au creux du ventre, trainées de poudre blanche et l’intérieur maquillée comme une voiture volée.Tu as quatorze ans et tu es déjà perdue, tu danses, ne sais plus faire que ça, tu danses et tu sens ce grand corps maladroit qui te tient serré, trop serré, la sueur qui perle de ses mains sur ton dos, ses mains qui remontent pour mieux redescendre, la chaleur du souffle sur ton cou puis les lèvres brûlantes qui se collent presque gluantes. Toi tu ne bouges plus, tu contiens, envie aussi violente de l’embrasser que de le repousser loin de toi, hors champ.Tu danses et tu oublies.Tu as quatorze ans pour toujours ou presque, tu danses encore et tu finis par t’attacher à force à cette fine cicatrice dissimulée tant bien que mal en filigrane à la gauche du plexus.Aimes bien passer ton doigt sur l’excroissance, la survivante, sorte de petite crête rouge mal recousue comme la bouche.Tu as quatorze ans et des poussières, entre ciel et mer les teintes presque uniformes se délavent, se dissolvent, manquent de bleu et d’or, seuls les yeux renversés distillent un goût de sel puis se laissent envahir et noyer d’eau de pluie.Tu as trois fois quatorze ans et ça saigne encore.Discrète hémophilie que réactive la rupture en interne, alors tu laisses couler.De l’éloignement progressif du champ partagé de l’intime survient l’effacement au monde, l’abstraction du corps, son absence de poids.De cette perte de sens où les lignes brisées font voler en éclats, jaillit quelque chose comme une forme incertaine, fragile, une lumière suffisamment douce pour éclairer les yeux même dans l’obscurité, pressentir les couleurs à venir, retrouver leur brillance, comme une peau de satin qui découvre la nuit et entrevoit le jour.Tu as quatorze ans mais pas exactement, pas seulement.Tu laisses fondre au soleil les baisers de plomb, les morsures comme des crocs plantés ici et là prennent des reflets de nacre.Tu abreuves et nourris tes quatorze ans, tu leur parles à présent puisqu’ils résonnent encore.Tu ne cherches plus à réprimer le flux et décapsules d’un trait les lèvres rouges pour mordre à même la bouche.Tu expulses puis recraches l’apnée en longue fumée blanche pour que s’apaise le tressaillement des muscles, se calme le battement en dedans comme la pulsation bleue fiévreuse sur le cou.Tu déplies et relâches lentement le corps presque désarticulé puis plonges dans le vague des ses yeux décousus sous les lambeaux de ciel déchiré.Tu n’as plus vraiment quatorze ans et tu tentes de mettre à nu, de faire ton allié de ce quelque chose de tes quatorze ans qui ne se décolle pas, reste là, sous la peau.Et tu danses.

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