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Elle pensait l’amour sans plus savoir le vivre.
Dans sa chair à peine le poids d’un corps et l’incapacité de s’en servir.
Le regardait de loin s’éteindre encore, pâlir et se dissoudre dans l’atmosphère.
Une suite logique presque mécanique, un grain de sable.
Touché du doigt nos solitudes.
Le mot déjà, usé jusqu’à la corde, à moins que ce ne soit toi.
Rien de sacré, pas de blasphème ni de regrets.
Simplement refuser d’en voir plus.
Prendre la mesure, constater que la météorite s’éloigne, pas plus grosse désormais qu’une tête d’épingle.
Des fuites, des abandons, la peau déroulée jusqu’à l’os.
Observer ton visage qui se tord comme si ma bouche en voulait encore.

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L’avantage du silence de la chute lorsque la ville devenue blanche, recouvre le réel, se parcourt comme une fiction dont les seuls repères semblent les traces encore fraîches et pourtant anciennes, peuplées de fantômes convoqués.
Les yeux se baladent un peu flous parmi les lieux familiers, ensevelis, juste endormis.
Le froid, trop vif, les aura figé sans leur laisser le temps de fondre.
Cherche machinalement la chaleur de ta main au fond de ses poches avant de refermer les poings.
Ironie de la mémoire glissante et sélective, anachronisme récurrent, le corps lui, inlassablement se souvient, ne laisse rien au hasard.
Curieux comme ça brûle ensuite, songe-t-elle en laissant retomber la neige.


Se découvre ce matin quelques affinités avec la tasse ancienne contenant son café fumant.
Tant de fois ébréchée, rafistolée à la va vite et sans réelle précaution.
Délavée, parcourue de fissures légères qui tracent des lignes nouvelles, ouvrent la perspective, s’échappent de la trame d’origine puis finissent par prendre le large.
Précieuse à force d’avoir bu la tasse, essaie de retenir le mince filet liquide qui menace, encore et longtemps après, de s’écouler des yeux.
Te prie d’en user avec délicatesse tout en privilégiant la forme accidentelle.

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Le songe te jette du lit beaucoup trop tôt, bien avant que l’aube éclabousse le ciel.
Continue de briller longuement à l’intérieur de toi comme un rayon crépusculaire.
Traverse la ville sombre mais déjà frémissante et toujours parcourue de scintillements électriques.
Gardé le rêve en tête jusqu’à ce que le jour se lève entièrement, le disperse.
S’engouffre dans le métro où coincée dans le tunnel cylindrique et l’enchevêtrement des corps serrés les uns contre les autres, ne peux faire autrement que de partager par brèves bouffées leur intimité.
Respire les odeurs, les parfums, les souffles mêlés, croise quelques regards délavés, d’autres plus éclairés, avant de s’isoler quelque-part en elle-même et glisser de nouveau, les yeux mi-clos.
L’impression de se dissoudre dans la masse.
En bout de course, rassasiée de névroses ordinaires, s’extirpe résolument, reprend corps, identité, avant de sauter, d’une rive à l’autre.

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A scruté la lune absurde, pleine à craquer, s’est souvenu des nuits brunes et longues à s’éteindre, du dernier souffle avant l’avalanche, muette et nue contre le colosse.
Soudain la lumière a changé, la chaleur évaporée de nos veines, l’épuisement à se rejoindre.
Ta barbe n’a pas seulement lacéré mes cuisses avant que les mains ne lâchent prise.
Depuis plus rien ne mord, plus rien ne dévore.
A quoi bon pour changer d’air, battre les cartes et succomber, aux punks, aux gangsters, à tous ceux qui sont déjà morts, puisque sans bruit, résolument, l’horizon a cédé sous les pas.
Le poids familier de l’absence a remplacé le poids léger de ton corps sur le mien, plus mince encore.
Me reste l’écho de ton rire, caché dans le velours hirsute de la barbe, celui qui d’un seul souffle, réchauffait chaque parcelle jusqu’aux plus froides extrémités.
Le jeter contre un arbre pour l’abattre et ne plus rien entendre.

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Ne cesse de buter, de s’y casser les dents, peine à entrouvrir la mâchoire mais tente avec la langue aveuglément d’apprivoiser la matière, les yeux finiront bien par voir plus loin qu’un éboulis de pierres. Il y a le ciel profond, silencieux, immobile, chargé de masses sombres, qui m’absorbe, te recouvre presque entièrement. Rien ne bouge, pas un souffle. Une chose sans axe, sans point fixe, une matière usée qui pourtant ne se déchire pas et moi qui suis si loin encore de ce que je crois avoir perdu. Dans une forme d’écriture comme de vie clandestine, chaque phrase, chaque silence, ne s’inscriront jamais autrement qu’en filigrane pour qu’ils agissent en toi comme un révélateur. La nuit toujours filtrera le jour jusqu’à ce qu’ils se rejoignent. Parce-que finalement ce qu’elle sait faire de mieux c’est partir alors les mots n’ont eu de cesse d’exprimer ça, de s’y heurter chaque fois, sans volonté de fuir ou de laisser derrière quelque chose ou quelqu’un, juste le besoin momentané de retranchement hors du monde. Buter sur l’impossibilité, le chaos provisoire, y revenir obstinément, humblement, violemment, chuter encore. Et si l’obstacle n’est pas négociable, la capacité de résistance c’est aussi pouvoir offrir une forme de passivité. Laisser ce qui vient se répandre à l’intérieur, s’infiltrer dans le corps comme de la vapeur d’eau. Envisager que les peaux mortes se décolleront d’elles-mêmes et laisseront place à d’autres le moment venu, même si à la longue il y a ces empreintes, ces bleus décolorés qui semblent inconsolables. Se dire que ces déchirures-là, effilochées, irrégulières, persistantes, sont précieuses, ont un sens, saignent simplement de temps à autre pour te rendre encore un peu plus vivante. Ne pas chercher à colmater, laisser couler, attendre que ça passe et que désir revienne sans vouloir disparaître puisque ça reste incroyablement douloureux. Alors quelquefois c’est en creux que je me retrouve, lorsque rien ne m’anime en particulier et sans rien pourtant qui ressemble à l’ennui. Simplement la sensation de me fondre dans l’espace, la matière collective, qu’un excédent se vide. Le principe d’identité m’échappe, glisse, se dissout. Subsiste un état de présence au monde dans l’absence de soi, dénué de désirs, de révoltes, de tourments. Dans ces sortes de moments plats, au travers de leur formes blanches, placides et incertaines, quelque chose d’autre, lentement, maladroitement, se met en mouvement. Où seuls l’absurde et le minuscule, leurs principes de répétitions, parviennent à se frayer chemin, à provoquer relief jusqu’à l’amorce d’un rire, sauvage, incongru et sonore comme un début d’ivresse. Qu’avons-nous à dire de plus, qu’avons-nous à dire qui n’a pas été dit. Nous naissons avec ça, le manque originel, le retour à la nuit immanquablement. L’incomplétude absolue et suspendus à nos oxymores, nous bercent les vents contraires. Nous ne pouvons qu’écrire pour essayer de réinventer et construire sur un édifice à jamais bancal. Sur les murs de nos larmes, nos fissures se lézardent puis éclosent. Les encens, les parfums, une terre mouillée, rouge et chaude dans laquelle s’envelopper.


La fin du monde a déjà eu lieu alors tes prédictions apocalyptiques à la con, ça ne risque pas de me faire peur.Il ne s’agit pas simplement d’une rupture, d’un bouleversement, d’une perte de repères.Non rien d’un truc déchirant qui transperce, puis s’essouffle à la longue et toi lentement tu cicatrises, autour le monde reprend forme et tout ou presque redevient vivable.Il ne s’agit pas d’un avant ou d’un après, mais d’un temps horizontal, presque létal, sans tension ni risque de chute.Il ne s’agit pas d’une terre qui a tremblé trop fort, dont les murs se sont fissurés avant de tomber mais d’un continent immense et pourtant totalement englouti.Il s’agit d’un monde perdu, disparu, d’une civilisation dont les feux se sont éteints d’un seul souffle, dont j’ai oublié la langue et ses idiomatiques.Il s’agit de quelque chose qu’on ne rejoindra plus.Il nous faudrait des siècles pour émerger, reconstruire, ressembler au réel, et si le temps me manque, l’idée me déplaît.Depuis je me tais, j’ai perdu ce langage, son sens, sa signification, sa materialité physique comme sa dimension mystique.On l’a trop effeuillé, décliné, retourné dans tous les sens, toi et moi.Peut-être que ça n’existe pas, peut-être qu’on se raconte tous des histoires aveuglément sinon ça n’est pas supportable.Tous ces êtres débordants de sentiments qui tentent de se rejoindre puis immanquablement se dégonflent, s’éloignent et redeviennent poussière.Peut-être que j’aimerais bien au fond retrouver la saveur et mordre à même la chair, peut-être que je m’y refuse, que j’irais trop loin cette fois, qu’on ne pourrait plus m’arrêter.En fait je n’en sais rien puisque rien ne vient, alors tu vois je m’en fiche, je m’en contrefous même, la douleur et moi on se connait maintenant, on s’est apprivoisé, du coup on s’ignore, on se tient à distance sans se perdre de vue.Quelquefois je fais semblant, je mime, le plaisir c’est encore assez facile et le goût du jeu d’enfant subsiste.Pas trop longtemps sinon ça ne tient pas, la mise en scène est minimaliste, le décor fantômatique et comme je ne connais pas mon texte, je m’emmerde très vite et quitte lâchement les lieux.Je ne peux que tourner autour des mots, ceux qui parlent de ça, vides, flétris, désincarnés, ils ne pèsent rien, ne valent pas mieux.Je ne peux pas les nommer et pour ne pas qu’ils m’encombrent, je les recueille dans une grande enveloppe marron, sans charme.Après la déflagration j’ai cherché à leur faire la peau, m’y suis cassé les dents, ne sais comment ni par quel bout m’y prendre, d’un coup sec, d’un coup violent, ce serait plus humain.Je ne me noie pas même si tout est devenu flou, je me souviens mais ne fixe rien, je m’arrange avec ça, les choses me filent entre les doigts, se perdent dans le silence parce-que je ne veux plus rien saisir.


L’histoire ressemble désormais à la chambre, sur les murs recouverts de blanc, la peinture s’écaille par endroits, laissant apparaître les couleurs anciennes.Vives à l’origine, elle se délavent, se dissolvent, deviennent douces sous les doigts.Les couches superposées, imprégnées d’eau et de sel, semblant se dévorer, découvrent traces et biffures.A travers elles, le temps s’écoule, traverse, tamise, formant matière soluble.Certains morceaux se décollent, d’autres s’arrachent, mettant à nu les cicatrices et formant tatouages de peaux mortes.Rien qui ne se détache vraiment.Les trames du papier-peint autrefois tissées serrées, s’écartent, ouvrent des espaces où poser la respiration.Leurs impressions en demi-teintes dessinent des fleuves imaginaires, invitent à voyager encore.Le vent a soufflé pourtant la flamme résiste.Suivi le contour bleuté des veines, ses alluvions délicats, s’y perdre un moment puis m’endormir au creux de tes poignets Le noir peine à s’effacer sous les ongles mais le rouge incendiaire a cessé de brûler sur le ciel de Londres et les paysages en ruines au large de Naples ont noyé leur carmin dans le fado mélancolique de Lisbonne.


Le manque est un pays habité, presque un joyeux bordel, si seulement tu étais là pour voir ça.Il y a du bleu, de l’orage, parfois ça vire au gris, juste un trait d’anthracite, la lumière reste belle.Souvent il pleut mais tu aimerais je crois, elle est fine, douce et chaude comme la mousson, une pluie de fin d’été qui s’étire en longueur, rafraîchit simplement la terre lorsqu’elle craque sous les pas.Où la musique persiste à se jouer chancelante, s’infiltre, transperce la trame légère du corps, s’agite et gonfle la poitrine, creuse chaque jour un peu plus à l’intérieur du ventre.Un vieux trente-trois tours dont le sillon usé, la mélodie désaccordée, te fait encore danser, s’entête à ressurgir et ne te lâche jamais vraiment.Une trace, biffure anachronique et récurrente, qui se décolle un peu au bord et s’effiloche lentement comme le papier ancien, trop fin, sur les murs de la chambre.Et moi quand c’est comme ça sans toi, je suis un peu perdue et parle aux inconnus.Il m’arrive même de leur rouler des pelles, pas si souvent, la cadence n’est pas très régulière mais je garde le ryhtme et puis le vent me pousse alors j’essaie.J’y crois juste le temps d’entrouvrir vaguement les lèvres, de fermer les paupières mais seulement jusqu’à sept et je rouvre les yeux.Ici personne pour abandonner ce qui se brise ou semble foutre le camp puisque je garde tout mais sans rien rassembler.C’est un vaste pays aux contours mal définis, un peu en ruines forcément, une terre accidentée où fréquemment je tombe, m’écorche les genoux comme une gamine instable qui cherche à se tirer quand les choses tournent mal.Pourtant chaque jour il y pousse quelque chose, j’ai fait sauter les mines, effacé les empreintes mais sous la peau me reste des éclats.Le manque est un pays étrangement libre qui néglige les frontières, n’oppose plus résistance, se balance des distances, me parle en plusieurs langues.Un espace interlope où personne ne rejoint jamais vraiment personne.On pourra dire que j’aurais tout essayé, varié les postures, brouillé les pistes, franchi quelques étapes, d’ailleurs je continue.Si tu savais combien de fois j’ai dansé sur ta tombe puisque ça n’en finit pas de vivre et de mourir dans ce qui ressemble presque à un joyeux bordel.Si seulement tu étais là pour voir ça, tu danserais avec moi.Comme quoi tu vois, il suffit d’une absence, d’un espace entre deux corps, pour planter un décor, trouver un endroit où vivre, même sans toi.