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Category Archives: Toutes ces filles qui vivent dans mon corps

litterature et poésie


Avoue que tu es perdu, que tu ne sais plus mettre un pied devant l’autre, d’ailleurs à ce moment précis aucun son ne peut sortir de ta gorge.Tu penses c’est loin l’enfance alors pourquoi elle me revient en pleine tronche.Violence sourde, muette, aveugle.Parviens pas à démêler.Toujours tu restes le fils, l’enfant de.Toi tu sais.Mais sans signes apparents parce-ce qu’on t’a appris à marcher en terrain miné.Maintenant tu sens à l’intérieur toutes les écorchures et leurs sutures sur le point de lâcher.N’entend plus rien des autres,ne comprend pas ce qu’ils disent là-haut à la surface, n’écoute que la musique, immergé dedans.Quelque chose qui enraye la mécanique.Sans doute à l’origine un grain de sable.Ne la regarde pas, même en douce.Observe simplement le monde dans lequel elle respire.Ecarquillés les yeux, en distorsion le coeur.Rien à craindre.les yeux ne brûlent pas, le coeur non plus.C’est juste un organe vital.Une grosse masse rouge.Trop lourde.Tu fais pas le poids.A peine j’entends le battement d’ailleurs je monte le son.Tout juste bon à tanguer, à cavaler.Et toi qui court après.Comme un con.N’aime que les baisers là où ça fait mal.Tu voudrais qu’elle t’embrasse, ici, tout de suite, puisque ça cogne, ou bien qu’elle soit hors champ, qu’elle dégage, fondue au noir.Efface méthodiquement les marques avant qu’elles deviennent visibles ou se colorent.Trace les lignes de fuite avec application, rectifie celles qui se brisent.Il y a ta volonté à laisser disparaître, à ne rien montrer, mais tu ne sais pas quoi faire de ton regard et de tes mains.Planque, détourne, évite toute confrontation.Pas question qu’elle voit.Ne flanche pas.Tu es si près du but.Si près de la perdre.Parce-que c’est ce que tu cherches non.Et puis de toute façon tu ne sais plus faire autrement.A force, tu es à la fois complètement usé et super entraîné. .Mais souvent les poumons qui te brûlent et t’oppressent.L’amnésie c’est pathologique, inatteignable, et puis ta mémoire est à vif subitement, comme le reste.Alors tu descends plus bas, plus profond.l’apnée c’est difficile, mais ça se travaille.Et cette chose qui te happe.Tu voulais pas ça, pas maintenant merde.Alors ne relâche rien, reste dur, compact,minéral.Tendu comme un arc, front buté, bouche fermée.Dans l’opacité tu te noies.A deux c’est mieux.Pulvérise.Pulvérise toi bien.Fais le max.Te rate pas surtout.

sur la bouche close le rouge de la fleur
en secret s’y glissent nos dérives colorées
se délient les pétales de velours pourpre
danse le bleu des yeux sous hypnose
en derviche les vagues sur lesquelles je me hisse
roulent les perles de givre translucides
le long des paupières en coulées fragiles
sur nos lèvres s’enlacent les baisers carmins
recueille de la langue et le miel et le sel
y déferle la blanche éclosion de lave
son écume au goût de nacre brûlante

A force d’habiter son silence, de le maintenir en vie jusqu’à l’épuisement, pour ne pas le voir s’éteindre, pour ne pas se perdre dans l’errance, elle finissait par ne plus entendre que sa seule respiration, palpitante, saccadée, fragile, plus légère qu’un bruissement d’ailes.Ici comme une sorte détention provisoire dépourvue de limite, un affranchissement de l’espace et du temps, si la distance creuse un écart, elle ne change rien, esquisse juste d’autres paysages, invente d’autres rites, d’autres lignes de fuite.A mesure qu’elle s’enfonce dans les sables brûlants à en perdre le souffle et la trace, elle étire son imaginaire jusqu’à l’infini, se hisse et s’enroule à la corde sensible, cristallise le souvenir pour s’y fondre en une dérive fluide, onirique, proche de l’ivresse.Dans la chambre close et obscure, aux teintes délavées de pourpre, se répand une onde lumineuse qui vient inonder les nacres de la peau laiteuse, les images s’animent, se délient, dansent sous ses paupières closes, comme éclairées par une lanterne magiques.Elle peut suivre mentalement du doigt les nervures bleutées, délicates, émouvantes, pour parvenir à la bouche si douce puis au désir de tremper ses lèvres dans le calice.S’égare dans l’intervalle interminable, traque le moindre rayon, tente de le retenir avant qu’il ne se dérobe, le capture par éclipse, tout en continuant de tanguer au rythme fluctuant, chaotique, du balancement interne.Quelquefois les forces lui manquent pour continuer la lutte, alors elle chavire volontairement, se laisse engloutir dans les profondeurs pour pouvoir remonter à la surface et trancher dans le vif.Le rouge électrique comme les ombres s’effacent, l’orage s’éloigne, elle savoure cette trêve inattendue pour s’abandonner au calme.Seul le parfum mélancolique de la pluie demeure sur le bout de sa langue.Se blottir presque immobile dans cette chrysalide tissée d’un fil trop mince, qui oscille dangereusement, la suspend en équilibre, fermer les yeux, prendre garde au vertige, chercher la liaison entre nuée ardente et blanche coulée de neige.La peau est lisse, pâle, comme un galet très doux poli par la violence des vagues, les écorchures demeurent invisibles à l’exception d’une minuscule et presque imperceptible étoile de mer.L’empreinte dessine son tatouage de l’intérieur, clandestinement, grains de beauté secrets, étrange entrelacs de fleurs sauvages et de serments incisés en fines lanières, comme une mémoire à l’encre bleue qui se répand, se dilue en d’indéchiffrables constellations, mais ne s’efface pas.Le lierre grimpe, l’envahit peu à peu, la maintient prisonnière, pénètre par toutes les pores et recouvre la moindre parcelle intacte.La vision devient fractale, le contour irrégulier, la ligne se brise, mais la pupille demeure fixe et tendue vers l’horizon.A force d’y brûler son regard, le ciel lentement se déchire, l’étoile s’irise en multiples reflets et de la toile calcinée se révèle une mince coulée d’or.

Les yeux sont trop grand ouverts

Ils regardent sans voir

Ils voient ce qui a été

et ce qui n’est pas encore là

Ils voient le fracas du bleu

qui vole en éclats

comme un flash-back en plan ralenti

dans un écho qui se prolonge

en boucle et variations infinies

Le temps réel semble suspendu

ou simplement hors d’atteinte

Surex ou bien sous-ex

ils ont perdu la capacité d’appréhender le monde

L’iris s’est noyé dans la vague

tandis que la pupille

est maintenue prisonnière des fragments

D’où la sensation de vertige

de temps vertical

L’impossibilité de trouver un point fixe

Chevilles fines poignets fragiles, la démarche reste souple, seul le regard se brise et dérive en ombres chinoises sur la bouche et les traces encore fraîches, sur le corps à l’empreinte vive, et jusque dans la chambre où flotte le parfum des roses.Elle a fermé les yeux, tenté de retenir le souffle et les larmes, mais la vague a déferlé, vibrante de douleur et d’amour contenus.Il a caressé son visage, de ce geste originel qui l’a toujours si profondément troublé entre douceur et impudeur, puis l’a prise par la main pour la faire basculer sur ses genoux, elle s’est abandonné entièrement au bonheur fragile de se serrer de nouveau contre lui.Les yeux un peu perdus se regardent vraiment, les bouches se rejoignent pour ne plus se lâcher, les mains parcourent, enlacent, saisissent, connaissent tous les chemins.Il y a cette mémoire du moindre grain de peau, des pleins, des déliés, des courbes et des creux.Les corps eux, ne répriment rien, n’ont pas besoin de réapprivoiser, ils explorent un territoire à la fois étrange et familier, après l’éloignement et le chaos.Dans l’amour, il est là, avec elle, en elle, l’embrase de son désir, puis recommence, la prend une seconde fois, dans la jouissance victorieuse d’une sublime défaite.Mais dans l’absence, elle ne sait plus où ils sont, l’un et l’autre, trop paumés, trop brûlés.Elle ne veut pas s’égarer dans le silence mais y trouver un espace nu, une respiration.Il y a eu tant de douce fusion, d’enchantement et d’absolu entre eux, qu’elle ne sait pas faire autrement. La première rencontre, les premiers regards et les gestes qui en découlent imprègnent sans doute à jamais l’histoire.Elle sait qu’il se souvient, que les émotions anciennes sont toujours vivantes à l’intérieur mais différentes, désormais retenues, éparses, fragmentées, fluctuantes, en exil.Dans cette longue traversée souterraine, une lueur ici se révèle.Elle sait que son corps n’oublie rien et ne résiste pas même si le reste s’y refuse ou renonce.Elle sait que la musique existe toujours en filigrane.Elle ne regrette rien de ce goût retrouvé comme un éclat de lune dans la nuit.La lumière dans le clair-obscur demeure sur sa peau, y dessine un nouveau tatouage qui ressemble à son sourire, rayonnant et triste à la fois, un sourire qui ne sait pas mourir.Elle peut juste tenter de s’échapper, courir de toutes les forces qui lui restent, sans savoir où elle va, puisqu’elle a épuisé tous les terrains vagues, tous les no man’s lands, toutes les zones grises, alors où peut-elle encore aller, si ce n’est vers lui.

baisers de pluie et bouche d’argile
frotte silex sur les amours liquides
nage sans relâche pour rejoindre l’île
quitte les murs nus de la maison vide

des amours sublimes il ne reste qu’elle
qui trébuche se cogne maladroite et frêle
contre les parois ici se rejoignent les lignes
et les yeux aveugles aux visions assassines

d’une main délicate elle dessine les courbes
qui relient les ombres aux corps détachés
les fleurs de la nuit aux senteurs trop lourdes
s’y entrelacent sauvages  en terrain brisé

et la voix silencieuse d’entendre encore
le chant la musique le fragile animal
les promesses qui tardent à s’envoler des corps
plus légères de sens elles n’en font pas moins mal

il est des baisers de pluie qui jamais ne s’effacent
des morsures trop profondes pour en ôter la trace
frotte silex sur les amours liquides
pour toujours à jamais sur la bouche d’argile

http://nuanau.blogspot.com/2010/11/celine-renoux-les-amours-liquides-rain.html

Il y a ce très léger et sans doute imperceptible tremblement au coin des lèvres, ce voile infime dans le bleu des yeux qui le rend moins intense, plus flou, entre ciel et mer les choses se fondent, la ligne d’horizon est incertaine, quelque chose s’est modifié

embrasser les paupières et le coin des yeux, effleurer les tempes fragiles, frôler les deux délicats grains de beauté juste en-dessous, glisser le long du cou, chercher la pulsation, m’y attarder un instant, dévaler le bel arrondi des épaules, suivre l’entrelacs de fines veines bleues jusqu’à l’intérieur du poignet, la peau si douce à cet endroit, y poser mes lèvres

Dos à la mer je me tiens silencieuse
loin de la vague les yeux fermés je garde
juste entendre le rythme le battement en dedans
se mêler au souffle au fracas au reflux
et puis ce chant qui vient entrouvrir les lèvres
lever les yeux au ciel et sentir de nouveau
la caresse du soleil et la fraîcheur du vent

Dans la nuit
brûlent les yeux
se meurent les fleurs
de glace de froid
recouvertes
évanoui le parfum
reste le jardin nu
dans la terre les mains
enfonce trouve racine
essaime
souffle poussière
d’or de cendres
libère le cri
s’envolent les notes
laisse filer
cherche ta mélodie
tourbillonne le vent
entend sa musique
emporté le torrent
la vague
laisse venir
esquissée la bouche
les baisers
ose la magie
enchante la fée
a dansé le faune
poursuit le chemin
si proche la colline
trop vite la course
pose toi un instant
calme le tumulte
de battre le coeur
écoute le rythme
le souffle
respire
s’enfuient les ombre
délace le lien
d’abandon fragile
et souple
perce la lumière
au travers du feuillage
égratigne les ronces
vivant le corps
laisse couler
mêlés le rouge le bleu
virevolte la jupe
éclosent couleurs
caressée la peau
pénètre la douceur
aux arbres grimpe
plus haut la cime
ruisselle la source
léger le chant
retrouve le goût
du matin perdu
en vertiges solitaires
éclaire de lune
encore

dans la nuit
je vois

 

Sous mes paupières closes
s’enfonce la lame brillante
transperce la nuit bleue
de l’homme au couteau sombre
son ombre tapie là
me guette prête à bondir
enfonce les dents chaleur
blancheur du cou fragile
qui s’offre presque nu
en garde la trace la morsure
le goût de cendres fraîches
m’échappe fenêtre ouverte
d’un souffle de vent se brise
et gît le couteau de verre
les pieds nus sur les braises
dansent jusqu’à épuisement
lâchés les cheveux comme
les mains désarmées